Au Cameroun, la difficile réinsertion des repentis de Boko Haram

Malaise au Cameroun, où les communautés ne sont pas préparées à accepter le retour des ex-combattants de Boko Haram.

Des ex-combattants de Boko Haram |© Guibaï Gatama

Depuis le 20 octobre 2017, « les repentis », des ex-combattants de Boko Haram, déposent les armes et regagnent leur village. Baba Oumaté, Bana Yerima, Modou Alhadji Abba et Abba Oumaté sont les premiers noms inscrits dans ce cahier d’un retour au pays natal, le Cameroun. Ils ont rejoint la secte en 2014, d’abord comme otages, avant de prendre les armes pour combattre dans les rangs du groupe terroriste. Trois ans après, ils ont décidé de se rendre aux autorités afin de « regagner leur village et commencer une nouvelle vie ». Ils ont été réceptionnés par le comité de vigilance de Tolkomari, puis remis aux autorités pour être entendus. Ils ont par ailleurs jurés sur le Coran qu’ils ne collaboreront plus avec Boko Haram. Trois jours plus tard, le 23 octobre 2017, Garba Modou, ex-combattant de Boko Haram, a suivi la même démarche que ses quatre camarades et s’est rendu à son tour aux autorités de la localité de Tokolmari dont il est originaire.

Comme une trainée de poudre, la désertion dans les rangs de Boko Haram s’est poursuivie. Le 24 octobre dernier, Boukar Modou, Awana Modou, Aouza Modou et Zaram Pardama, quatre combattants du groupe terroriste, se sont rendus aux membres du comité de vigilance de Tokolmari. Après un passage par la gendarmerie de Tolkomari et la compagnie de gendarmerie de Mora, les quatre ex-combattants ont, comme leurs prédécesseurs, juré sur le Coran de changer radicalement de vie et s’interdire tout lien avec Boko Haram. Cette défection ne sera pas la dernière puisque deux jours plus tard, un ex-commandant de Bako Haram et son élément ont quitté le groupe terroriste. Baba Goïgoï et Ahmadou Oumaté ont officiellement quitté le groupe terroriste et se sont rendus aux autorités.

Pour les autorités camerounaises, c’est une victoire de voir des combattants déposer les armes et regagner leur village. C’est un nouveau chapitre dans la guerre contre Boko Haram qui s’ouvre. Cependant, le Cameroun ne dispose pas encore de programme officiel dédié à la réinsertion des anciens combattants de la secte terroriste et aucune politique assumée en la matière comme c’est le cas au Nigeria, au Tchad ou encore au Niger. Ce dernier a lancé en 2016 un programme d’amnistie et de réinsertion pour les anciens combattants de Boko Haram. Niamey propose l’armistice aux anciens combattants qui sont cantonnés dans le camp de transit de Diffa, où ils sont ensuite formés ou réformés afin qu’ils puissent retrouver une vie sociale et abandonner leurs idées extrémistes. Pour éviter la récidive des ex-combattants camerounais de Boko Haram, après un bref séjour chez les forces de défense et de sécurité où ils sont débriefés, ceux-ci sont ensuite conduits dans leur village où, en présence de la plus haute autorité religieuse, ils jurent sur le Coran couper tout lien avec Boko Haram. Difficile de se prononcer avec certitude l’efficacité de cette méthode que beaucoup estiment légère pour d’anciens combattants d’un groupe qualifié de plus meurtrier au monde en 2015 par le Global Terrorist Index for Economy and Peace.

Un ex combattants jurant sur le Coran |© Guibaï Gatama

Radicalisés hier et repentis aujourd’hui, pour les populations la pilule est plutôt amère et difficile à avaler. Car comment croire en la sincérité de son bourreau d’hier qui a égorgé, kidnappé, pillé et brûlé des villages entiers afin de prouver sa loyauté à la secte islamiste ? « Boko Haram profite de la religion pour embobiner les gens et tu ne fais que tuer tes parents, ton frère, tes amis », témoigne d’ailleurs un ex-combattant. Tout laisse donc croire que la relation entre les populations et les anciens combattants sera très conflictuelle, et si l’Etat du Cameroun ne prend pas rapidement des mesures, ces retours des ex-combattants pourraient engendrer d’autres problèmes sécuritaires.

L’urgence d’une action de réinsertion et pardon s’impose plus que jamais. « Malgré ce qu’ils ont fait, on doit les accueillir. Ils reviennent d’un endroit interdit, contre leur volonté très souvent, ils ont épousé des idéaux que nous rejetons. Les laisser dans la nature, pointer du doigt et stigmatiser, je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Il serait plus bénéfique que l‘Etat fasse faire des suivis sur du long terme pour ces hommes, ces femmes et ces enfants qui reviennent », estime Geanette Nonga, humanitaire en service dans le Mayo Sava.

Selon plusieurs observateurs, les rangs du groupe terroriste Boko Haram se fissurent chaque jour encore plus et le nombre de combattants ne cesse de diminuer. La désertion des éléments du groupe terroriste enregistrée depuis peu au Cameroun illustre le mal qui ronge actuellement le mouvement terroriste, désarticulé par la montée en puissance militaire des Etats membre de la Force Multinationale Mixte. Sur le terrain, il est par ailleurs constaté une nette diminution des attaques terroristes dans l’Extrême-Nord depuis quelques temps, région qui était l’objet d’assauts quasi-quotidiens voici un trimestre encore.

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ebah essongue
Bloggeur camerounais, entrepreneur culturel et directeur du festival Woïla Hip Hop. J’ai été infecté très tôt par le virus de l’écriture et depuis près de 20 ans déjà je me passionne pour la culture et les arts urbains. Je suis gourmand de musique tout rythme confondu, j’adore les voyages, le sport, la lecture et VOUS !

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